Financer la performance énergétique des bâtiments

En Europe, les bâtiments sont responsables de 40 % environ de l’ensemble de la consommation énergétique. Deux tiers de cette consommation liée aux bâtiments sont imputables directement aux ménages. Et cette consommation est en augmentation constante en raison de l’amélioration du niveau de vie, qui se traduit par une utilisation accrue de la climatisation et du chauffage. En Belgique, la situation est encore pire, car
la qualité énergétique de nos bâtiments est mauvaise en comparaison avec d’autres pays européens. On nous cite souvent comme l’exemple d’un pays au climat se rapprochant plutôt des pays nordiques, mais avec un niveau d’isolation de l’habitat similaire à celui d’un pays méditerranéen (1).


Le problème majeur réside dans une isolation embryonnaire, obsolète, voire inexistante. À titre d’exemple, en Région bruxelloise, on évalue que 40 % des logements n’ont pas de double vitrage, 69 % n’ont pas de toiture isolée, 76 % n’ont pas de conduites isolées et 85 % n’ont pas de murs isolés. Or, précisément, dans une région comme Bruxelles, près de trois quarts des émissions de gaz à effets de serre sont produits par l’usage
de l’énergie dans le bâtiment. On comprend dès lors la volonté politique des pouvoirs publics de favoriser une utilisation rationnelle de l’énergie et d’améliorer la « performance énergétique des bâtiments » (PEB). D’autant que la Belgique, comme les autres pays industrialisés signataires du Protocole de Kyoto, a une obligation chiffrée de réduire le total de ses émissions de gaz à effets de serre durant la période 2008-2012. La réduction visée est de 7,5 % pour la Belgique par rapport à 1990.


Il a été démontré qu’investir dans cette PEB est techniquement possible et économiquement rentable. Cela permet de diminuer la facture énergétique
des bâtiments jusqu’à 50 % ! Néanmoins, malgré la rentabilité de ces investissements,
trop peu de gens passent à l’acte, par manque d’information, parce qu’ils perçoivent le gain comme trop peu significatif ou insuffisant par rapport aux coûts de transaction ou d’investissement, par manque de fonds ou parce qu’il s’agit d’un bâtiment donné en location.

Pourtant, parmi les trois choses que les Belges se déclarent disposés à faire
en premier lieu pour contribuer à la protection de l’environnement, on trouve la réduction de leur consommation d’énergie à leur domicile (42 %) et la prise en considération des aspects environnementaux quand ils font des dépenses importantes telles qu’une voiture, un système de chauffage ou la construction d’une maison (28 %). 35 % d’entre
eux considèrent que l’augmentation des incitations financières (réductions fiscales,
subventions, etc.) pour l’industrie, le commerce et les citoyens fait partie des trois solutions pouvant résoudre le plus efficacement les problèmes d’environnement (2).

Dans le registre des incitants financiers, les autorités publiques mettent à la disposition des particuliers, personnes morales et pouvoirs publics une série de subsides destinés à encourager les investissements dans l’économie d’énergie (primes énergie, primes à la
rénovation de l’habitat, primes à l’investissement et réduction d’impôts).

Ces dispositifs sont insuffisants face à l’ampleur et à l’urgence du problème. La question qui se pose est dès lors de savoir comment faciliter le financement des investissements en PEB, spécialement pour le particulier qui doit recourir au crédit. Comment, par exemple, diminuer certains risques à charge des établissements de crédit, réduire les coûts  de transaction du projet d’investissement à un montant inférieur au montant des économies d’énergie et accroître la confiance, la connaissance et le degré d’expertise, notamment des établissements de crédit, sur le financement des investissements PEB ?
Le voyage au pays du tiers investisseur, du crédit à taux préférentiel, de la garantie des prêts contractés en faveur de la maîtrise de l’énergie, va nous mener de la Picardie à Namur en passant par Bruxelles.

 

(1) EURIMA – Isolation des murs en Europe ; pertes d’énergie annuelle par les murs en Europe.
(2) EUROBAROMETRE Spécial 217 « Attitudes des citoyens européens envers l’environnement », p. 37, publié en avril 2005, disponible sur http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_217_fr.pdf.

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