SCAN DES BANQUES
Tous les deux ans, FairFin et Financité passent au peigne fin les politiques d'investissement des banques opérant en Belgique. L’analyse se concentre sur les grandes banques qui ont le plus de client·e·s et sur un certain nombre de petits acteurs durables. Les banques sont étudiées sur dix thèmes, allant du changement climatique et des droits humains, en passant par l'évasion fiscale et la corruption. Pour établir le Scan des banques, nous examinons presque exclusivement la politique d'investissement d'une banque, c'est-à-dire les conditions que les banques s'imposent à elles-mêmes. Nous vérifions leur politique sur 10 thèmes, chacun d'entre eux contribuant à la note globale de la banque. Il est donc possible qu'une banque n'ayant pas formalisé une politique d'investissement ait un mauvais score alors qu'une banque qui a établi des règles précises en la matière obtient un score supérieur alors qu'elle ne les respecte pas nécessairement. Dans le détail de chaque note, nous essayons donc de préciser si l'institution a été épinglée dans un rapport sur les investissements nuisibles ou ce qu'elle pourrait faire pour améliorer son score.
CHANGEMENT CLIMATIQUE
En investissant dans les énergies renouvelables, les banques peuvent lutter contre le changement climatique. Il est également urgent de mettre un terme aux flux d'argent vers les combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz. Non seulement pour le climat, mais aussi pour nos portefeuilles. Car dans un monde vivable où le réchauffement de la planète se limite à 1,5°C, l'utilisation des combustibles fossiles doit être considérablement réduite. Il ne devrait donc pas y avoir d'investissements supplémentaires dans ces combustibles, ce qui rendrait les investissements dans les combustibles fossiles sans valeur.
La politique climatique de Triodos s'est également légèrement améliorée par rapport à l'analyse précédente. La banque publie les émissions de gaz à effet de serre qu'elle finance pour tous les prêts et investissements, conformément aux normes reconnues. Elle exige également des entreprises qu'elles publient leurs émissions directes et indirectes, et rejette clairement les entreprises qui tentent d'affaiblir la politique climatique par le lobbying. De plus, la banque a une politique de tolérance quasi nulle pour les combustibles fossiles. Il existe une seule exception dans la gestion de patrimoine, lorsque la banque gère et investit des fonds de clients (investisseurs ou fonds de pension) en leur nom. Dans ce cas, le financement d'entreprises actives dans les combustibles fossiles est autorisé avec une limite de chiffre d'affaires d'au maximum 5% (des activités totales). Les entreprises principalement actives dans les combustibles fossiles ne sont pas non plus éligibles.
La politique climatique de vdk est largement satisfaisante, avec des marges d'amélioration.
Vdk obtient un score très élevé en matière de reporting et d'objectifs. Ainsi, la banque publie ses émissions financées et y associe des objectifs concrets dans le cadre du scénario de limitation du réchauffement climatique à 1,5°. Sa politique concernant les combustibles fossiles est également stricte. La banque exclut quasi entièrement les combustibles fossiles. Les seules exceptions sont les entreprises avec une implication limitée dans la chaîne de valeur des fossiles : maximum 1% du chiffre d'affaires pour le charbon et le pétrole, et 5% pour le gaz. Il reste encore une marge d’amélioration dans la politique de vdk liée à la gestion de patrimoine : elle y autorise encore l'extraction de pétrole à partir de sables bitumineux et la production d'énergie à partir du charbon.
Il existe également une marge d'amélioration dans les conditions que vdk impose aux entreprises financées. Bien que la banque attende des entreprises qu'elles ne fassent pas de lobbying contre la politique climatique, il n'y a pas de conditions concernant le reporting sur la pollution atmosphérique ayant le plus grand impact sur la santé humaine. VDK applique une politique solide pour la gestion de son propre portefeuille d'investissement, mais impose des exigences moins strictes aux entreprises dans lesquelles elle investit.
Argenta obtient un score satisfaisant sur sa politique climatique.
La banque excelle en matière de reporting et de formulation d'objectifs. Sa politique d'exclusion concernant les combustibles fossiles est également relativement stricte. Argenta ne finance pas l'extraction de charbon, ni l'extraction de pétrole et de gaz (avec quelques exceptions concernant la production d'électricité à partir de centrales à charbon).
Les conditions qu'Argenta impose aux entreprises qu'elle finance sont cependant insuffisantes. La banque demande bien que les entreprises reportent leurs émissions de CO₂, mais pas qu'elles divulguent les autres substances polluantes nocives pour la santé humaine. Des conditions contraignantes concernant la déforestation ou les contributions aux pratiques de lobbying contre la politique climatique font également défaut.
La politique climatique de Beobank obtient un score insuffisant.
La banque obtient de bons résultats en matière de reporting et de ses objectifs de neutralité carbone. Sa politique en matière de financement des énergies fossiles est également stricte, excluant le charbon, l'exploitation pétrolière et gazière. Les conditions imposées aux entreprises qu'elle finance sont toutefois insuffisantes. Beobank ne demande pas aux entreprises de déclarer leurs émissions de CO₂, ni qu'elles divulguent les autres polluants nocifs pour la santé humaine.
La politique climatique de KBC est tout juste satisfaisante.
La banque obtient d'excellents résultats en matière de reporting sur ses émissions financées et a fixé des objectifs clairs pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°.
En ce qui concerne les combustibles fossiles, KBC mène une politique de sortie progressive du charbon. D'ici 2030, la banque veut ne plus avoir de liens avec les mines de charbon et la production d'électricité à base de charbon. La banque fait encore une exception pour les clients existants, à condition qu'ils n'augmentent pas leur capacité et tirent moins de 25 % de leur chiffre d'affaires du charbon. Les entreprises encore liées au charbon doivent de plus avoir un plan pour sortir progressivement d'ici 2030.
Pour le pétrole et le gaz, KBC applique une politique beaucoup plus souple. Bien que la banque refuse de financer de nouvelles expansions fossiles et les entreprises spécialisées dans l'exploitation et l'extraction non conventionnelle, il n’existe pas de plans de sortie concrets.
Pour les investissements pour compte propre, KBC n'investit plus dans le charbon, mais via la gestion de patrimoine de tels investissements sont encore autorisés.
La politique climatique de Belfius obtient un score insuffisant.
Belfius ne finance plus les entreprises actives dans l'extraction du charbon ou l'extraction non conventionnelle de pétrole et de gaz. À partir de 2030, toutes les entreprises charbonnières dans la chaîne de valeur plus large seront exclues, ce qui est en ligne avec un scénario climatique de 1,5°C. Les entreprises qui font de l'exploration et du développement de nouveaux projets pétroliers et de gaz sont également entièrement exclues par Belfius. Pour l'extraction conventionnelle de gaz et de pétrole, les portes restent ouvertes, mais sous certaines conditions.
Là où la politique de Belfius est particulièrement insuffisante, ce sont les conditions imposées aux entreprises dans lesquelles elle investit, comme l'interdiction pour les entreprises de faire du lobbying qui sape la législation climatique, le reporting sur les substances polluantes pour la santé humaine, ou les critères de déforestation. Sur ce plan, il reste encore une marge considérable d'amélioration.
La politique d'ING concernant le changement climatique est insuffisante.
La banque n'exclut pas encore totalement le financement et les investissements dans les centrales électriques au charbon et l'exploitation minière du charbon. Bien qu'ING dispose d'une politique d'exclusion et de sortie progressive adéquate pour la production d'électricité à partir du charbon, elle ne l'applique pas à ses investissements via la gestion de patrimoine.
ING exclut le financement de projets pour de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. La banque autorise cependant encore le financement des entreprises pétrolières et gazières, et n'a pas non plus de politique pour réduire la production d'électricité à partir du pétrole ou du gaz. De plus, ING ne dispose pas de politique exigeant que les entreprises cessent de faire du lobbying contre les mesures climatiques et intègrent des engagements sur le changement climatique dans leurs contrats avec les fournisseurs. Enfin, ING ne rend pas publique ses émissions financées pour la gestion de patrimoine.
La politique climatique de BNP Paribas reste insuffisante.
La banque refuse de financer de nouveaux projets dans les secteurs les plus polluants, comme l'extraction du charbon pour la combustion, la production d'électricité et la métallurgie. Elle laisse cependant la place pour de nouveaux clients dont jusqu'à 25% de leurs activités sont dans la production d'électricité à base de charbon. Pour les clients existants, pratiquement aucune condition n'est établie. Il existe bien une stratégie de sortie pour le charbon thermique d'ici 2030.
La banque n'exclut donc pas totalement le charbon et continue d'investir dans des entreprises qui extraient du pétrole et du gaz. C'est une énorme lacune dans sa politique. Elle autorise également le financement des entreprises pétrolières et gazières qui tirent jusqu'à 10% de leurs revenus de sources non conventionnelles (comme le gaz de schiste, le pétrole de schiste et les sables bitumineux).
La politique climatique de Crelan est faible.
Crelan publie les émissions de gaz à effet de serre (scope 1, 2 et 3) de son portefeuille de financement. Pour améliorer son score, Crelan devrait également exiger des entreprises qu'elle finance de publier leurs émissions de gaz à effet de serre et de veiller à ce que leurs activités soient conformes à l'Accord de Paris sur le Climat.