SCAN DES BANQUES
Tous les deux ans, FairFin et Financité passent au peigne fin les politiques d'investissement des banques opérant en Belgique. L’analyse se concentre sur les grandes banques qui ont le plus de client·e·s et sur un certain nombre de petits acteurs durables. Les banques sont étudiées sur dix thèmes, allant du changement climatique et des droits humains, en passant par l'évasion fiscale et la corruption. Pour établir le Scan des banques, nous examinons presque exclusivement la politique d'investissement d'une banque, c'est-à-dire les conditions que les banques s'imposent à elles-mêmes. Nous vérifions leur politique sur 10 thèmes, chacun d'entre eux contribuant à la note globale de la banque. Il est donc possible qu'une banque n'ayant pas formalisé une politique d'investissement ait un mauvais score alors qu'une banque qui a établi des règles précises en la matière obtient un score supérieur alors qu'elle ne les respecte pas nécessairement. Dans le détail de chaque note, nous essayons donc de préciser si l'institution a été épinglée dans un rapport sur les investissements nuisibles ou ce qu'elle pourrait faire pour améliorer son score.
NATURE
La perte globale de biodiversité entraîne la destruction des habitats, des menaces sur l'approvisionnement alimentaire et la disparition des plantes médicinales. L'exploitation minière et l'extraction de l'huile de palme, en particulier, causent beaucoup de dégâts à la nature. Une bonne politique de banque de biodiversité protège les espèces végétales et animales et leurs habitats.
La politique de Triodos Bank en matière de protection de la biodiversité est très solide.
La banque vise un niveau élevé de protection de la nature et fait notamment référence à la Convention de Ramsar pour la protection des zones humides, à la Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO, aux zones protégées telles que définies par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et à la Liste rouge des espèces menacées. La banque attend également des entreprises qu'elles prennent en charge de manière proactive le problème de la rareté de l'eau et de la concurrence pour les ressources en eau. Triodos Bank exclut entièrement les entreprises actives dans la production, la recherche et la distribution d'organismes génétiquement modifiés du financement et de la gestion de patrimoine. La banque a même renforcé sa politique au cours des deux dernières années : les entreprises qui font le commerce d'espèces animales menacées sont désormais exclues.
Vdk banque obtient un bon score en matière de biodiversité.
La banque exige par exemple des entreprises qu'elle finance qu'elles imposent à leur tour des exigences plus strictes à leurs fournisseurs en matière de biodiversité. Il est également remarquable qu'elle applique une politique stricte concernant l'exploitation minière en eaux profondes. Vdk prend ici une position claire et n'investit pas dans cette activité.
Pour améliorer davantage son score, la banque pourrait mesurer et rendre public l'impact de son portefeuille de manière encore plus détaillée, comparable à la façon dont elle rapporte déjà les émissions de gaz à effet de serre.
Il existe encore beaucoup de marge d'amélioration chez le gestionnaire de patrimoine de vdk. Pour ce type de produits financiers, vdk se décrit elle-même comme simple distributeur de produits d'investissement. De ce fait, sa propre politique d'investissement n'est que partiellement applicable. La banque exige cependant que les produits liés à la gestion de patrimoine aient le label Towards Sustainability, un label vert délivré par la fédération du secteur financier, Febelfin. Ce label est insuffisant pour le thème de la biodiversité.
La politique de nature d'ING est satisfaisante.
ING n'exige pas que les entreprises intègrent des critères relatifs à la nature dans leurs contrats avec sous-traitants et fournisseurs. Il y a cependant une attention pour les espèces végétales et animales protégées dans la politique de biodiversité d'ING.
Le groupe ne dispose pas d'une politique suffisante sur la production et la pollution plastique et limite sa politique de protection des écosystèmes vulnérables au financement de projets. La plus grande lacune dans sa politique est que la politique de biodiversité n'est pas appliquée à la gestion de patrimoine pour les clients. ING n'a quasi aucune politique de biodiversité pour de tels produits d'investissement.
La politique de biodiversité de KBC est insuffisante.
La banque dispose d'une politique pour éviter les impacts négatifs sur les espèces végétales et animales menacées, les zones protégées et les sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Il existe également une politique sur le financement responsable des organismes génétiquement modifiés. Cette politique n'est cependant pas applicable à sa gestion de patrimoine.
Une lacune majeure est l'absence de politique sur la production et la pollution plastique. De plus, KBC ne surveille pas publiquement son impact sur la biodiversité via ses investissements.
La politique de biodiversité de Crelan obtient un score insuffisant.
L'institution financière ne mesure pas l'empreinte écologique de son portefeuille en matière de biodiversité. Cependant, Crelan n'accorde aucun financement aux entreprises ou activités exerçant leurs activités dans des zones à haute valeur de conservation. La banque s'assure que les entreprises financées réalisent des évaluations d'impact de la pénurie d'eau dans les régions où l'eau est rare. Pour améliorer son score, Crelan devrait s'assurer que les entreprises financées intègrent des critères liés à la biodiversité.
La politique de biodiversité d'Argenta est largement insuffisante.
Argenta obtient un score bien inférieur sur ce thème par rapport à l'analyse précédente. Cela s'explique en partie par la méthodologie changeante : dans l'analyse précédente, Argenta obtenait principalement des points en suivant les normes de performance en matière de durabilité environnementale et sociale (IFC Performance Standards). Ayant récemment changé de fournisseur de données, elle n’intégrer ces standards. Cela signifie que la banque ne peut plus garantir que sa politique d'investissement est conforme à ce que ces standards exigent, comme l’interdiction d’investir dans des entreprises ayant un impact négatif sur les espèces animales menacées.
La banque n’a pas pris de mesures pour renforcer ses propres politiques en l’absence des standards internationaux, elle n'a donc pratiquement pas de critères stricts concernant la biodiversité. Sa politique tient compte de la biodiversité de manière indirecte via les indicateurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de son nouveau fournisseur de données. Ils ne constituent cependant pas une garantie directe d'une politique d'investissement et d'exclusion responsable en matière de biodiversité. Argenta publie tout de même son impact sur la biodiversité.
BNP Paribas obtient un score insuffisant en matière de biodiversité.
La majeure partie de son score est obtenue en raison de son adhésion aux Principes de l'Équateur. La banque impose certaines exigences lorsqu'elle finance des projets, par exemple que les projets n'aient pas d'impact négatif sur les espèces animales menacées. Malheureusement, ces exigences ne s'appliquent cependant pas à la grande majorité des activités que BNP Paribas finance.
Le groupe a très peu de politique en matière de biodiversité. Selon la banque elle-même, elle prend des mesures pour éviter les dommages à la biodiversité. Ainsi, elle considère le risque de déforestation et d'extinction d'espèces dans ses décisions d'investissement. Il reste cependant peu clair comment elle le fait précisément et quelles conditions spécifiques les entreprises doivent respecter. Son empreinte biodiversité, introduite il y a quelques années, n'a pas non plus été mise à jour depuis le rapport de 2022.
La politique de biodiversité de Belfius obtient un score faible.
La banque publie son empreinte biodiversité, mais il y a très peu de garanties supplémentaires dans sa politique. Ainsi, elle n'a pas de politique sur l'investissement dans les organismes génétiquement modifiés et elle n'a pas de politique sur les entreprises opérant dans des zones de rareté de l'eau. La banque désapprouve l'exploitation minière en eaux profondes, mais ne le traduit pas en une exclusion.
La politique de Beobank et du groupe Crédit Mutuel Alliance Fédérale en matière de biodiversité est faible.
La banque publie son empreinte biodiversité, mais sa politique offre très peu de garanties supplémentaires. Elle n'a par exemple aucune politique concernant les zones protégées ou la production de plastique.