L’aide au développement s’envole vers les paradis fiscaux

05/03/2020 (h)

Auteur(s): 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

L’aide au développement s’envole vers les paradis fiscaux

Les élites s’accaparent-elles l’aide aux pays en voie de développement ? Les fonds distribués sont-ils détournés ? Telles sont les questions que se posent la Banque mondiale. Et dans un document rendu public en février, la réponse semble plutôt évidente.

« Cette étude documente que l’aide accordée aux pays fortement dépendants coïncide avec une augmentation des transferts vers des centres financiers offshores connus pour leur secret bancaire », avance la publication dès les premières lignes. L’aide financière accaparée par les élites, publiée en février, montre en effet qu’il existe une corrélation entre les versements d’aides aux pays les plus pauvres et les transferts de fonds en direction de comptes bancaires offshore.

Rien de nouveau sous le soleil ? C’est ce que l’on serait tenté de se dire. Les soupçons de détournement, notamment dans les pays les plus corrompus, ne datent pas d’hier. Mais jusqu’ici, il y avait peu de preuves du potentiel détournement des aides.

Taux de fuite : 7,5%

Pour faire simple, les chercheurs ont croisé les chiffres de la Banque mondiale avec les données des versements à l’étranger compilées par la Banque des règlements internationaux (qui assure la coopération entre les banques centrales des différents pays). Ce qu’ils ont trouvé : le versement d’une aide à un pays augmente parallèlement ses dépôts dans des pays considérés comme des paradis fiscaux (on parle surtout de la Suisse, du Luxembourg, des îles Caïman, des Bahamas, Hong Kong et Singapour).

En moyenne, une aide trimestrielle de 1% du PIB du pays correspond à l'augmentation de ses dépôts de 3,4% dans les paradis fiscaux pendant le même trimestre. Preuve qu'il s'agit bien d'un détournement ? Ces transferts immédiats d'argent ne concernent que les paradis fiscaux. Dans les pays sans fiscalité créative et où le secret bancaire n'existe pas, aucun mouvement n'est détecté. Une partie de l'aide est donc directement détournée vers des comptes secrets. Le taux de fuite de l’aide total est estimé à 7,5%, mais l’étude qui ne se concentre que sur les transferts bancaires est limitée. Les investissements (immobiliers ou autres) ne sont de fait pas pris en compte.

« Puisque nous n’avons pas les moyens de savoir qui accumule du capital dans les paradis fiscaux dans les périodes où le pays reçoit les aides, nous ne pouvons pas directement identifier le mécanisme économique sous-jacent », préviennent les auteurs. Mais la Banque mondiale avance clairement que les aides détournées le sont certainement par les politiques au pouvoir et les bureaucrates. Et pour cause, la tranche la plus pauvre dans les pays en voie de développement n’a souvent même pas de compte en banque local.

 

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