L’ombre de BlackRock sur la finance durable

16/04/2020 (h)

Auteur(s): 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

L’ombre de BlackRock sur la finance durable

L’annonce du mandat donné au plus grand gestionnaire d’actifs du monde pour aider à développer des outils de classification jette un froid sur le plan européen.

Sur la question de la finance durable, la Commission européenne est en plein chantier. Une grande consultation est notamment en cours pour recueillir l’avis des différentes parties prenantes (au sens large). Objectif : accroître l’investissement privé dans des projets durables, soutenir les actions définies par le Green Deal européen ainsi qu’intégrer et gérer le « risque climat » dans le système financier.

Et l’initiative est plutôt bien accueillie. Seulement voilà, il y a depuis peu une (grosse) ombre au tableau. Pendant que la Commission européenne consulte l’ensemble des acteur∙rice∙s, elle mandate dans le même temps BlackRock pour développer un cadre réglementaire d’intégration des critères ESG par les banques.

Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? C'est qu'en parallèle de la consultation, l’Europe aimerait que les banques commencent sérieusement à prendre en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG, donc) qui sont communément les trois mesures utilisées pour noter l’impact éthique d’un investissement. Et pour l’aider à développer ces outils, elle a mandaté un prestataire extérieur. C’est BlackRock qui a été choisi et qui est ni plus ni moins que le plus grand gestionnaire d'actifs au monde avec 7.000 milliards de dollars sous gestion (pré-crise du coronavirus).

Chez Finance Watch, une ONG active dans la régulation du secteur bancaire, on s’insurge : « il existe un conflit d'intérêts évident pour le plus grand gestionnaire d'actifs au monde de faire des recommandations sur le traitement prudentiel des institutions bancaires qui font partie de son univers d'investissement. »

Et de fait, BlackRock est directement liée à ces régulations. D’abord parce qu’il investit directement dans le secteur bancaire (qui serait touché par les nouvelles règles), mais aussi parce qu’il a plusieurs milliards logés dans une série d’activités peu « durables » avec de nombreuses participations dans les entreprises pétrolières par exemple. Sans compter que le gestionnaire n’est pas réputé pour être particulièrement à la pointe en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Selon le Guardian, le gestionnaire se serait opposé ou abstenu sur 82% des résolutions proposées en matière de climat dans les entreprises où il détient des parts.

Finance Watch précise en outre que l’approche choisie par BlackRock est en opposition avec celle de la Commission européenne. Pendant que le premier se contente de calculer l’impact du réchauffement climatique sur les entreprises, la seconde y ajoute l’impact des entreprises sur le réchauffement climatique. Une différence de taille. « Le mandat de BlackRock en tant que conseiller de la Commission européenne n’est pas seulement voué à l’échec étant donné son opposition aux piliers les plus fondamentaux de l’agenda de la finance durable de l’Union européenne, c’est une erreur, car elle pourrait conduire à un cadre prudentiel bancaire de l’Union européenne en contradiction avec d’autres éléments de son règlement sur la finance durable », regrette Thierry Philipponnat, responsable de la recherche chez Finance Watch.

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