Le crédit sans banquier en plein boom !

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16/06/2012
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Auteur(s): 

Editeur: 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

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Les communautés autofinancées proposent de repenser le microcrédit pour le rendre plus participatif. Cette formule originale et conviviale essaime dans le nord de l'Espagne et commence à séduire d'autres pays d'Europe.

En bref :

  • S'autofinancer pour réinstaurer de la confiance d'abord.
  • Pour résoudre des problèmes économiques ensuite.

Tandis que le gouvernement espagnol martèle la politique de l'austérité, l’Association des communautés autofinancées de Barcelone poursuit le chemin qu'elle a ouvert il y a huit ans. L'idée de base est très simple en s'accordant du : crédit entre eux, les membres d'un groupe renforcent le lien social et instaurent plus de solidarité et de confiance dans les rapports à l'argent. Les migrants, de par les aléas de leur parcours, constituent un public sensible aux valeurs de solidarité et de confiance, des principes inhérents aux communautés autofinancées (CAF). Mais si les CAF remportent un vif succès auprès des migrants d'Espagne, de plus en plus d’Espagnols de souche rejoignent aussi cette formule. Qu’on parle de « pasanacu en Bolivie», de « tontine au Sénégal » ou «
natillera » en Colombie, l’histoire est toujours la même les : populations ayant peu de revenus savent se débrouiller pour financer leurs dépenses quotidiennes quand l’accès au crédit bancaire est refusé ou ses taux d’intérêt trop élevés, explique David Schurijn, jeune Équatorien qui travaille depuis 2007 comme animateur pour l'Association des communautés autofinancées à Barcelone.

Concrètement

Le fonctionnement d'une communauté autofinancée est très simple : un groupe de personnes se réunit chaque mois et chacun met de l'argent de côté dans une caisse commune. Grâce à cette épargne collective, chaque membre du groupe peut demander un crédit, que ce soit pour acheter un frigo, faire face à une dépense imprévue ou financer l'éducation de ses enfants. Le système des CAF est conçu de telle manière que chaque membre ait son mot à dire et que les décisions soient prises en commun. Aussi, à chaque réunion, les rôles changent le trésorier : devient président, l'hôte de la réunion devient trésorier... Le système est plus ou moins sécurisé selon les règles que les groupes établissent nécessité ou : non que deux personnes du groupe se portent garantes lors d'une demande de crédit, montant maximum autorisé à emprunter... Contrairement au système de la tontine, où l’argent épargné est donné chaque mois à un membre selon un tirage au sort, explique David Schurijn, les membres de la CAF peuvent prendre un crédit quand ils en ont besoin, voire plusieurs dans l’année. De plus, plutôt que de payer un intérêt de remboursement à une banque qu'on ne connaît pas, les membres d'une CAF paient pour le groupe. Ils sont à la fois propriétaires et bénéficiaires du système, poursuit David.

Du plus petit au plus grand

Comme le rappellent les responsables de l’ACAF, l'association qui chapeaute les CAF, les communautés autofinancées sont des tontines améliorées. C'est une formule des pays du Sud qui répond également à des besoins dans le Nord. Tant que le système bancaire exclut les plus démunis, les communautés autofinancées permettront à ces derniers de vivre plus dignement, explique David Schurijn. L'ACAF compte aujourd’hui plus de 80 communautés autofinancées à Barcelone et entend généraliser, voire internationaliser son système via la création d'un « Facebook des CAF ». Aujourd'hui, les CAF sont confrontées à un nouveau problème : elles récoltent plus d'argent qu'elles n'en prêtent. L'association faîtière ambitionne ainsi la création d'une entité fédérative, sorte de CAF des CAF qui devra permettre de prendre des crédits plus importants grâce à l'excédent d'argent accumulé par les communautés autofinancées. C'est probablement un des grands défis que devront relever les CAF dans le futur en décidant ou non de passer d'un réseau de groupes d'épargne informels à un système mutualiste plus organisé.

Trois questions à Abdoulaye Fall, technicien pour l'association des communautés autofinancées à Barcelone.

Quelles sont les conditions de réussite d'une CAF ?

Les groupes doivent pouvoir s'autogérer. Pour y parvenir, ils doivent apprendre à se faire confiance. Pour des personnes qui ne se connaissent pas, ça prend du temps. Par ailleurs, on remarque aussi que les gens s'associent mieux quand leurs intérêts individuels correspondent aux intérêts de leur communauté.

Avez-vous déjà dû déplorer des détournements d'argent ?

Le taux de non-remboursement des crédits est proche de 0. Le fait de changer de rôle à chaque réunion responsabilise les membres du groupe et, une fois la confiance instaurée, le remboursement se fait presque naturellement. En huit ans, nous n'avons connu que deux cas de défaut de paiement.

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Ne pas dépendre du crédit exige une discipline dans les habitudes de consommation. La CAF doit donc aussi être un lieu d'apprentissage et d'échange de bonnes pratiques. Sur le plan collectif, la difficulté est de maintenir le groupe sur la durée. Mais encore une fois, quand la confiance est installée, le groupe perdure.

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