Le Sénégal et le transfert multifonction

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17/12/2011
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Auteur(s): 

Editeur: 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

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Des Sénégalais se sont organisés pour tirer un maximum d'avantages des transferts de fonds. Objectifs : venir efficacement en aide aux familles restées au pays et s'assurer que l'argent envoyé ne sera pas gaspillé.

En bref :

  • En mutualisant leurs transferts, ils ont pu diminuer la commission des opérateurs non bancaires.
  • Grâce à cette économie, ils pourront bientôt améliorer l'accès au crédit pour les porteurs de projets au Sénégal.

En 2001, des Sénégalais établis en Belgique fondent l'ASBL CAAD (Cellule d'action d'aide au développement) afin de faciliter l'intégration de leurs compatriotes dans le plat pays. Huit ans plus tard, ils lancent le projet MIDES (Mutualité des immigrés pour le développement économique et social au Sénégal ) et créent, cette fois, une gamme de services pour celles et ceux qui veulent investir dans le développement du Sénégal.

Bienvenue en Belgique

L’ASBL CAAD est née du constat que les Sénégalais fraîchement arrivés en Belgique occupent des emplois peu qualifiés ou mal rémunérés, sont victimes de discrimination à l'embauche et de la précarité des licenciements. Pour les sortir de ces situations pénibles, CAAD met à leur disposition de l'information et du conseil tel que l’accompagnement administratif et juridique, de l’orientation sociale ou encore de la formation et de l'éducation institutionnelle.

Agir sur la santé, le marché, la création d'entreprises...

Mais, une fois intégrés, les migrants ont besoin de renouer avec leurs racines. Ainsi est né le projet MIDES. Le premier objectif de la MIDES vise à mettre en place des centrales d’achat à destination des familles bénéficiaires. Le but est de diminuer le prix des denrées alimentaires via l'achat groupé et de permettre à la population locale de se réapproprier le marché. Comment ? L’ASBL CAAD avance l'argent pour la création d'une première centrale d'achat. Une fois que les familles maîtrisent le système, elles rachètent la centrale d'achat à CAAD et s'organisent sous forme coopérative. Deux centrales d'achat, toutes deux génératrices d'emploi, ont ainsi été créées, puis rachetées par les
familles. Elles comptent aujourd'hui chacune environ 100 coopérateurs. Le deuxième volet de la MIDES concerne la prise en charge des soins de santé des familles restées au Sénégal. Les services proposés vont de l'hospitalisation d'urgence aux soins dentaires, en passant par les accouchements. Grâce à un partenariat conclu avec une fédération d'ONG pour l'appui au développement (Congad), la MIDES assure la prise en charge de 100 % des frais sur l’ensemble des services offerts, y compris les médicaments.
Mais la MIDES poursuit un but plus novateur encore : faciliter l'accès au crédit pour les porteurs de projets au Sénégal, et ce, grâce à la mise en place d’un fonds de développement. Pour développer le Sénégal, il faut y investir.
Pour régler le problème de l'investissement, il faut régler le problème de l'accès au crédit
, précise Papa Sene, initiateur de la MIDES. Ce fonds, censé être sur pied pour début 2012, sera alimenté grâce à un pourcentage prélevé sur les transferts d'argent effectués par les migrants membres de la MIDES en Belgique.

TROIS QUESTIONS à Papa Sene

Président de l'ASBL CAAD et initiateur du projet MIDES.

Qu'est-ce qui freine la mise en place de votre fonds de développement ?

Les négociations avec les opérateurs de transfert d'argent sont longues et ardues. Aujourd'hui, quand un migrant envoie de l'argent, il paie une commission à l'opérateur auquel il s'adresse. Cette commission sert uniquement à payer l'opérateur. Nous voulons ponctionner une petite partie de cette commission et la reverser sur un compte destiné à accorder du crédit aux entrepreneurs locaux .Nous pensons que c'est la façon la plus durable d'inciter les migrants à investir dans le développement du Sénégal.
Avez-vous déjà une idée des tarifs qui seront pratiqués ?
L'objectif est d'offrir un avantage aux migrants. Les tarifs seront proches de ceux pratiqués par les opérateurs non bancaires,à la différence – et elle n'est pas mince – que l'opérateur touchera moins puisqu'une partie de la commission sera versée au fonds de développement. Nous fonctionnerons par palier. Par exemple, un opérateur qui prélève normalement 8 euros sur 100 euros envoyés n'en touchera plus que 7, et un euro sera directement reversé au fonds de développement. En cumulant tous les transferts, cela peut aller très vite.
Des projets d'expansion ?
Nous comptons étendre le projet MIDES à la France et à l'Italie où la diaspora sénégalaise est très présente. Mais cela demande des adaptations. Notre projet a également été très bien reçu par le gouvernement sénégalais et des partenariats avec d'autres pays, proches du Sénégal, sont envisageables pour l'avenir.

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