Mais d'où vient la monnaie ?

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14/09/2011
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Auteur(s): 

Editeur: 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

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Outil d'échange entre les hommes à l'origine, la monnaie est aujourd'hui source de profit.

En bref :

  • L'histoire de la monnaie, déjà longue, n'est pas terminée.
  • Les mécanismes financiers ont rendu difficile la distinction entre ce qu'est la monnaie et ce qui ne l'est pas.

Coquillages et crustacés

Cailloux, fèves de cacao, épices, animaux, coquillages... La monnaie n'a cessé de prendre des formes différentes au fil du temps. Elle fait son apparition 5000 ans avant notre ère. Véritable révolution dans le processus d'échange, la monnaie fournit un étalon de mesure pour l'échange de biens de nature différente (une pomme contre une poire, un cochon contre 100 œufs). Elle peut aussi être mise en réserve pour réaliser des achats à une date ultérieure. Ainsi, la monnaie permet de différer les échanges dans le temps.
Les premières pièces métalliques en Occi- dent sont inventées par les Grecs d'Asie Mineure au VIIe siècle av. J.-C. Peu à peu, l'or et l'argent vont remplacer les coquillages et autres outils d'échange pour s'imposer comme monnaies uniques à la quasi-totalité des sociétés occidentales.

Du billet à la carte de crédit

L’or et l’argent (rares et précieux) ont un inconvénient majeur : ils attirent les voleurs. La parade trouvée par les marchands est de confier leurs métaux précieux aux orfèvres, des personnes en qui ils ont confiance. En échange de l’or et de l’argent reçus, les orfèvres remettent des certificats de dépôt aux déposants 1. Ces certificats sont les ancêtres des billets de
banque. Voyant qu’une partie des dépôts restent dans leurs coffres, les orfèvres-banquiers se mettent à faire des prêts : le crédit bancaire est né. Une distinction s'établit ainsi entre ce qu'on appelle aujourd'hui la monnaie fiduciaire 2 (les pièces et les billets) et la monnaie scripturale constituée par les dépôts à vue dans lesquels on peut se servir immédiatement pour effectuer tous ses paiements. Ces comptes sont utilisables sous diverses formes et continuent d'évoluer avec la technologie : chèques, virements, cartes magnétiques, netbanking...

De l'échange au profit

Les billets de banque reçoivent un cours légal (il devient obligatoire de les accepter en guise de paiement) au XIXe siècle 3, en même temps que les banques perdent la liberté d'émettre les billets. En 1973, le président américain Richard Nixon annonce l'inconvertibilité du dollar en or. L'argent moderne se dématérialise, de sorte que la quantité de monnaie disponible ne dépend plus de la quantité d'or et d'argent s'y rapportant, mais de la quantité qu'on décide de créer. Contrairement à ce que bon nombre d'entre nous imaginent toujours, les États ne créent pas la monnaie. Comme nous tous, ils empruntent aux banques pour qui le critère prioritaire pour accorder un prêt est la capacité de remboursement de l'emprunteur. À l'heure actuelle, l'essentiel des transactions monétaires journalières mondiales (98 % selon les dernières estimations des Nations unies) correspond à de la spéculation. Autrement dit, la plus grande partie des échanges dans notre société ne concerne pas des biens et services réellement existants (une poire contre une pomme), mais des paris que prennent les financiers. Ce qu'ils échangent (des produits dérivés, des assurances...) est aussi une forme de monnaie. Mais, à la différence des pièces qui sont échangées contre un service, ces produits financiers sont achetés et revendus entre eux, dans l'unique objectif de créer toujours plus de profit à chaque achat ou chaque revente. Ces transactions sont confinées au monde financier et ne concernent pas l'économie réelle. Outil d'échange au départ, la monnaie a progressivement pris son autonomie grâce aux mécanismes financiers pour devenir essentiellement une source de profit pour l'industrie financière.

Thibaut Monnier,
septembre 2011

1. Lire à ce sujet : Bayot, B., La Banque : plusieurs métiers, mars 2011, Réseau Financement Alternatif. Disponible sur www.financite.be, rubrique bibliothèque.
2. Du latin fiducia, « la confiance ».
3. En 1873 pour la Belgique.

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