Rencontre avec Carlos de Freitas

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14/09/2011
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Auteur(s): 

Editeur: 

Réseau Financité, (ex- Réseau Financement Alternatif)

Type de document: 

Carlos de Freitas est le correspondant de la banque Palmas en Europe. Il est également le co-auteur du livre Viva Favela ! Quand les démunis prennent leur destin en main aux Éditions Michel Lafon.

1) Quelle a(ont) été la(les) plus grosse(s) difficulté(s) rencontrée(s) dans la mise en place du Palmas ?

Les difficultés rencontrées au moment du lancement du Palmas restent les mêmes à affronter aujourd'hui : la confiance dans la monnaie locale, sa vitesse de circulation à maintenir et augmenter, les outils techniques mais aussi de communication permettant cette diffusion à améliorer et faire en sorte que davantage d'entreprises paient leurs salariés en Palmas et obtenir des pouvoirs locaux le paiement de taxes/impôts locaux en monnaie sociale.

Fin 2012, cela fera 10 ans que le palmas circule dans le quartier. Plus de 50 monnaies locales ont été créées dans le pays à l'image de cette première expérience. 

Il reste encore à convaincre les autorités publiques mais également les habitants des quartiers cibles et les entreprises locales que le développement endogène est la seule voie de développement durable pour des populations rencontrant des carences aussi violentes.

Toute monnaie locale doit évidemment générer sa propre architecture et définir des mécanismes de fonctionnement et de transparence pour assurer sa pérennité. D'expérience, aujourd'hui, l'on sait que le plus important dans l'implantation et le développement d'une monnaie complémentaire reste l'animation qui en est faite ainsi que son appropriation et sa gouvernance. Il faut que les habitants et/ou les usagers de la monnaie s'investissent et se reconnaissent dans les valeurs qu'elle porte. Egalement que les instances de consultation et d'orientation du projet de développement qui oriente l'emploi de l'outil monétaire soient les plus ouvertes possibles. Dans le cas du Palmas, plusieurs mécanismes ont été mis en place : le Forum Economique Local (FECOL) reste l'espace de débat public ouvert à tous les habitants, une fois par semaine, pour venir discuter des orientations, des problèmes posés dans le quartier et chercher ensemble comment inventer des solutions durables et partagées. Le Palmas est une "monnaie sociale locale circulante" : elle doit rester vivante. Pour cela circuler, être "reconnue". Aujourd'hui, le quartier est en passe de développer un programme électronique permettant le paiement par téléphone portable, par exemple. Cela va permettre une plus grande souplesse dans son usage et limiter les risques.

3) Quels sont les défis pour l'avenir ?

Les défis au niveau du quartier sont de parvenir à une masse de circulation monétaire suffisamment forte pour inciter les pouvoirs publics à mieux reconnaître son impact dans le développement local. Il faut également permettre à plus d'habitants d'y avoir accès (portables) et donc de l'utiliser en toute sécurité dans le quartier qui reste, malgré l'action de la communauté, un quartier violent. Au niveau du pays, il s'agit d'augmenter le nombre de territoires pouvant bénéficier de cet outil et des instruments de sa pérennisation. L'un des objectifs dans le futurs est par exemple de régler une partie des prestations et allocations familiales en monnaie locale. Egalement de permettre dans le futur des échanges entre territoires distants en créant des passerelles entre les monnaies locales entre elles et entre producteurs et commerçants afin de renforcer leur développement. Un autre point : faire en sorte, une fois une certaine masse critique de monnaie locale en circulation, d'utiliser le "gage" en monnaie nationale pour offrir des micro-crédits à la consommation à taux réduits, c'est-à-dire faire en sorte que les communautés se développement d'elles-mêmes, à partir de leurs ressources propres et non en continuant à dépendre autant de partenaires extérieurs.

4) Quelle est la clé du succès de cette monnaie?

Le palmas est un succès certes mais modéré tout de même en termes de masse monétaire en circulation. Il reste encore beaucoup à faire ! Reste que le succès est là et qu'on le doit surtout à la formidable énergie déployée par l'équipe de l'Institut Palmas et des habitants du Conjunto Palmeiras afin de la faire vivre, de parvenir à ce qu'elle soit conservée, dans sa gestion, entre leurs mains. C'est cet esprit de communauté de valeur qu'ils sont parvenu à transmettre également dans les autres programmes de banques communautaires dans le pays.

5) Quel est le circuit classique emprunté par le Palmas ? 

Elle irrigue l'ensemble des échanges qui ont lieu dans les points de vente acceptant la monnaie et entre les habitants eux-mêmes. 240 commerçants acceptent le Palmas dans le quartier. Certains la concentrent plus que d'autres, mais la monnaie est véritablement circulante (environ 5 fois pour un même billet dans la journée). Par contre son origine est quadruple : soit elle provient de l'obtention d'un micro-crédit à la consommation ou à la production en Palmas, soit du change réalisé du réal vers le Palmas aux guichets de la banque, soit encore parce que la famille reçoit une allocation familiale ou une pension pour partie réglée en Palmas aux guichets de la banque et enfin soit parce que l'habitant l'a reçu comme partie du règlement de son salaire.

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