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Sans filtre : Solidarité ou charité ?
La finance solidaire remet en question un système financier où le profit prime.
15 mars 2025
Paragraphe actualités

Contrairement aux idées reçues, le poisson rouge n’a pas une mémoire de 3 secondes mais de plusieurs semaines. Les taureaux, eux, ne sont pas attirés par la couleur rouge de la muleta. Et mettre de l’huile dans les pâtes lors de la cuisson ne les empêchent pas de coller.

Les idées reçues collent à l’esprit parce qu’elles simplifient des réalités complexes. Elles offrent des explications rapides et rassurantes qui évitent de remettre en question nos habitudes de pensée. On ne sait pas d’où elles viennent, mais on les a tellement entendues qu’elles nous semblent vraies. L’angoisse.

Quand il s’agit d’argent et d’investissement, un récit persiste : la finance doit générer du profit. Dès lors, pratiquer une finance « solidaire » n’est rien d’autre qu’une forme déguisée de charité. Arrêtons-nous un moment et faisons le point sur ces deux notions.

La solidarité est un principe social qui repose sur la conscience d’une responsabilité mutuelle et partagée entre les membres d’une communauté. Je suis solidaire, donc je reconnais que mon bien-être et mon destin est intrinsèquement lié à ceux des autres. Quant à la charité (caritas), héritée de la théologie, désigne les actes de générosité (dons financiers ou matériels, bénévolat, etc) au profit des plus démuni·e·s afin de les aider face à la difficulté de leur existence. Ce sont deux notions très différentes.

Alors non, investir quelques milliers d’euros dans une brasserie coopérative qui souhaite mettre l’humain avant le profit n’est pas de la charité. Encourager la maraîchère locale en consommant chez elle, non plus. Tout comme la transition sociale et environnementale juste n’est pas un doux rêve mais un projet collectif de société dont la réussite profitera à toutes et tous.

Quand on y pense, si cette idée reçue résiste, c’est peut-être aussi parce qu’elle dérange. Elle remet en question un système financier classique où le profit rapide prime souvent sur tout le reste. Mais ce système vacille, incapable d’ignorer plus longtemps les effets destructeurs qu’il produit sur la planète et les sociétés humaines. Ironie du sort : même les gros financiers commencent à voir l’effondrement écologique comme un risque pour leurs profits futurs.

C’est ici que la finance solidaire se distingue. Elle ne se contente pas de proposer des alternatives morales, elle devient une réponse crédible face à un avenir incertain. Investir pour des emplois dignes, pour des chaînes de production locales, pour des profits limités, pour une gouvernance saine en plaçant ces valeurs avant la recherche du profit, voilà ce que propose la finance solidaire.

Les entrepreneur·euse·es qui bâtissent une économie plus humaine et responsable n’ont pas besoin de charité. Ils et elles ont besoin de solidarité. Réparer le système ne peut se faire seul.

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