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Arrêtons de légitimer les « épaules les plus larges »
Les débats sur une plus forte taxation des hauts revenus et patrimoines invoquent souvent l’appellation d’épaules larges, apportant une légitimité « naturelle » à leur richesse.
16 mars 2026
Paragraphe actualités

Vous n’avez pas pu y échapper, pas plus qu’à l’impôt (à moins que vous soyez très riche) : « les épaules les plus larges » ont eu les oreilles qui sifflent tellement on a parlé d’elles ces 12 derniers mois. Les débat liés à la taxe Zucman, les chiffres de la Banque nationale de Belgique qui montrent que les « épaules les plus larges » contribuent moins à la Sécu et aux services publics, le grand baromètre de RTL Info et du Soir qui nous indique que seules 23 % des personnes interrogées pensent que les « riches » contribuent assez au budget de la Belgique.

Ces fameuses épaules les plus larges se sont ainsi retrouvées sur toutes les chaines d’info, dans tous les discours de gauche ou de droite et dès lors, dans toutes les têtes (qu’elles soient posées sur des épaules larges ou plus étroites).

Mais si je partage l’idée d’une plus forte taxation des hauts revenus et patrimoines, je décrie cette appellation naturaliste d’épaule large. En effet, fermez les yeux (mais il faudra les rouvrir pour finir l’article), quelle image vous vient à l’esprit en évoquant ce terme ? Il est fort probable que chacun·e d’entre nous ait alors en tête une personne robuste, grande, forte… bref quelqu’un d’une nature avantageuse. Mais évoquer la taxation des épaules les plus larges donne dès lors aussi une légitimité « naturelle » à leurs richesses, qui découle presque du divin. La richesse serait donc une suite logique méritée et non discutable.

Or, si on sait que le mérite joue sa part dans la réussite financière, la chance, mais aussi et surtout les mécaniques financière, scolaire, patriarcale… jouent un rôle majeur dans le maintien et l’augmentation des richesses et donc des inégalités.

Invoquer les épaules les plus larges comme tenancières légitimes de la richesse c’est leur offrir un piédestal, une position de force peu propice à la réalisation de l’objectif qui consiste justement à les faire changer de posture, à savoir participer justement à l’impôt. Un impôt juste devrait permettre aux nombreux métiers et/ou situations familiales usant les vraies épaules (larges ou pas) de vivre dignement y compris quand on est maçon·ne, aide ménager·ère, infirmier·ère, éboueur·euse, parent-aidant…

Les récits positifs et rassembleurs sont sur de nombreuses lèvres. Ne faudrait-il pas aussi libérer notre vocabulaire ? Si nous sommes d’accord sur le fait de taxer plus les grosses fortunes et patrimoines, ne peut-on pas se mettre aussi d’accord pour l’aborder sans renforcer les mécanismes qui créent ces écarts de richesses et le sous financement des besoins communs… permettant aussi aux riches de le rester ? L’impôt n’est pas qu’un chiffre en euro à obtenir, c’est aussi un combat culturel sur la juste contribution de tous et toutes.

Cher·e·s hommes et femmes politiques, mais aussi représentant·e·s de l’associatif, lors de vos interviews, débats et prises de paroles, continuez de ne pas mettre de l’eau dans votre vin mais ajoutez-y un zeste de vocabulaire conquérant plutôt que docile. Parlons, par exemple, plutôt de taxer les « poches les plus pleines » que les « épaules les plus larges »…

 

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