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Le retour du dossier Arco
Alors que l'État s'apprête à vendre une partie de Belfius, les anciens coopérateur·rice·s d'Arco ressortent un vieux dossier.
9 septembre 2026
Paragraphe actualités

Pour comprendre l'imbroglio Arco, il faut remonter à 2001. À l'époque, Arco est le bras financier du Mouvement ouvrier chrétien : une coopérative qui chapeaute la banque Bacob et une compagnie d'assurances, et qui appartient à ses membres plutôt qu'à des actionnaires boursiers. Cette année-là, le Mouvement ouvrier chrétien décide de vendre ses activités bancaires et d'assurance avec le groupe franco-belge Dexia, en échange d'une participation d'environ 19 % dans le nouvel ensemble. Les client·e·s de Bacob se ont désormais un compte chez Dexia.
 

2008 : la crise

Sept ans plus tard, la crise financière mondiale rattrape Dexia de plein fouet. La banque a besoin d'être recapitalisée dans l'urgence. L'État belge est prêt à mettre la main au portefeuille, mais il pose une condition : les actionnaires historiques, dont Arco, doivent participer à l'effort. Pour Arco, il faut donc convaincre ses propres coopérateur·rice·s, souvent des client·e·s modestes de la banque, d'investir dans une entreprise qui prend l'eau.

Le gouvernement fédéral sort alors l'argument choc : il annonce que la garantie des dépôts bancaires, normalement réservée aux comptes d'épargne, sera étendue aux parts de coopérateur·rice·s d'Arco, jusqu'à 100 000 euros. Autrement dit, on présente ces parts comme presque aussi sûres qu'un livret d'épargne. L'argument fait mouche, des centaines de milliers de client·e·s placent leurs économies dans Arco, convaincu·e·s de ne rien risquer.
 

2011 : la chute

Le sauvetage ne suffit pas. Fin 2011, Dexia s'effondre pour de bon. L'État belge reprend en urgence la partie bancaire, qui deviendra Belfius, et le reste du groupe est mis en liquidation. Les parts de Dexia ne valent plus rien et entraînent Arco dans leur chute. Les 700 000 coopérateur·rice·s perdent d'un coup toute leur mise, mais s'accrochent à une chose : la garantie promise en 2008.

Sauf qu'en 2014, la Commission européenne rebat les cartes. Selon elle, cette garantie constitue une aide d'État illégale. Juridiquement, les coopérateur·rice·s d'Arco sont des actionnaires, pas des épargnant·e·s protégé·e·s. Autrement dit, la promesse de 2008 n'a jamais eu de base légale solide.
 

2018 : la compensation

Il faudra attendre quatre années supplémentaires pour qu'émerge un plan B. En 2018, le gouvernement Michel s'accorde sur un mécanisme de compensation : un fonds de 600 millions d'euros, financé conjointement par le Mouvement ouvrier chrétien, la liquidation d'Arco, Belfius et l'État, doit indemniser au moins partiellement les coopérateur·rice·s. L’idée : puiser dans la plus-value que l'État encaisserait lors d'une entrée en Bourse partielle de Belfius, alors envisagée.

Mais cette privatisation partielle ne se concrétise pas. Sans mise en Bourse, pas de plus-value à redistribuer et le dossier retombe dans un tiroir pendant près de sept ans, malgré quelques tentatives judiciaires isolées, comme celle de Deminor devant le tribunal de l'entreprise de Bruxelles au nom de 2 200 coopérateur·rice·s, rejetée par la justice.
 

2026 : le retour

État 2026, ça y est, on reparle officiellement de l’intention de céder 20 % du capital de Belfius à des investisseur·euse·s privé·e·s afin de renflouer les caisses de l'État. Pour Deminor et l'ASBL ArcoClaim, qui représentent aujourd'hui environ 30 000 coopérateur·rice·s, c'est le signal qu'ils attendaient : l'accord de 2018 redevient enfin exécutable.

Les représentants des coopérateur·rice·s demandent formellement au gouvernement en demeure d'exécuter cet accord, qu'ils considèrent toujours juridiquement valable. Sans réponse, le 8 septembre 2026, Deminor et ArcoClaim haussent le ton et réclament les fameux 600 millions d'euros promis. Faute de dialogue, les coopérateur·rice·s sont prêt·e·s à saisir la justice et à cibler, s’il le faut, les acheteur·euse·s potentiel·le·s des 20 % de Belfius.
 

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