Premier constat de l'étude : travailler ne rend pas riche. Un·e Belge actif·ive touche en moyenne 2 500 euros nets par mois. Dans les 20 % de ménages les moins fortunés, ce revenu tombe à 2 300 euros ; chez les 20 % les plus riches, il grimpe à 3 000 euros. Un écart réel, mais qui reste contenu. Or les 20 % les plus riches détiennent ensemble les trois quarts du patrimoine total du pays. Un salaire à peine plus élevé ne peut mathématiquement pas expliquer un patrimoine plusieurs fois supérieur. Le travail salarié, aussi indispensable soit-il pour vivre, ne fait donc que poser les fondations. Il ne bâtit jamais, à lui seul, la fortune.
Selon l’étude, c’est la « diversification des sources financières » qui fait l’enrichissement. Ce rapport n'émane pas d'un centre de recherche indépendant sur les inégalités, mais d'un établissement bancaire dont le métier consiste précisément à vendre des produits de placement, des comptes-titres et des solutions d'investissement. Conclure sur le rôle de l’investissement est un bel argument commercial. « C’est en réalité une bonne nouvelle pour ceux qui souhaitent se constituer un patrimoine : bien qu’un héritage ou une donation (la richesse générationnelle) donne un coup de pouce, nous constatons qu’environ 3 sur 5 des 20 % des Belges les plus riches ont constitué leur patrimoine sans l’aide de leurs parents ou grands-parents. Ces chiffres montrent que la diversification des sources financières est un facteur clé de la constitution d’un patrimoine », déclare Roel Vermeire, porte-parole de Keytrade Bank.
L’étude évoque pourtant le rôle de l’héritage. La part des ménages ayant déjà reçu un héritage triple presque entre le bas et le haut de l'échelle patrimoniale, passant de 11 % chez les 20 % les moins fortunés à 33 % chez les plus riches. Le montant médian transmis, lui, plus que double, de 42 000 à 100 000 euros.
L'étude avance que « près de 3 sur 5 » des ménages les plus fortunés auraient donc bâti leur patrimoine sans héritage ni donation. Une statistique frappante, mais qui occulte le fait que ces mêmes ménages disposent souvent d'un capital de départ (un logement familial, des études financées, un réseau) qui n’entre pas dans la définition financière d’héritage ou donation telle que mesurée par l’enquête. Ne pas avoir touché un chèque de ses grands-parents ne signifie pas être parti de rien.
Que l'entrepreneuriat, l'immobilier locatif et les revenus de placements creusent l'écart entre riches et moins riches, c'est indéniable : 31 % des ménages aisés tirent une partie de leur fortune d'une activité indépendante, 38 % perçoivent des loyers, 44,9 % touchent des revenus de fonds d'investissement. Mais présenter ces leviers comme une alternative accessible au salariat, comme si tout le monde pouvait, à force de « diversification », rejoindre le club prestigieux des plus riches, est trompeur. Car pour investir, encore faut-il disposer d'un premier capital à placer.
La question de la semaine
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