Cette prévalence peut bien sûr concerner n’importe quelle activité économique, des services informatiques à la production de vin, pour autant qu’elle assure la primauté du travail sur le capital, une autonomie de gestion, une finalité de service aux membres, à la collectivité et aux parties prenantes, un processus décisionnel démocratique ainsi qu’un développement durable respectueux de l’environnement.
Pour autant, une carte de l’intérêt général se dessine clairement selon la nature des secteurs économiques concernés. D’un côté, des activités au service de celui-ci, qui visent à offrir une valeur ajoutée pour l’humain, la culture et/ou l’environnement : sans que cette liste ne soit évidemment exhaustive, pensons aux services d’action sociale et de proximité, aux actions de prévoyance, à l’aide à domicile, l’hébergement des personnes âgées, l’accueil de la petite enfance, les soins de santé, l’éducation et la formation, l’aide à la création et à la gestion d’entreprises, la défense des droits et des intérêts, la protection de l’environnement, le recyclage des déchets ou encore aux services culturels, sportifs et de loisirs. De l’autre, des activités déployées par des sociétés commerciales au service de l’intérêt particulier de leurs propriétaires.
À ces deux blocs correspondent deux finances : celle, solidaire, qui entend favoriser prioritairement l’intérêt général, et la finance de marché qui poursuit avant tout la rentabilité du capital. Deux blocs qui se mènent une guerre culturelle d’une rare violence.
Le premier qui ne peut que constater que le soutien public et les moyens nécessaires pour satisfaire aux besoins de la population viennent à manquer chaque jour un peu plus. Le second qui lobbye avec beaucoup de succès, sous prétexte de déclin industriel, pour réduire les contraintes en matière de respect de la santé, des droits des travailleur·euse·s ou de l’environnement.
Pourtant, tout gain de rentabilité obtenu par l’industrie et ses actionnaires au détriment du respect des normes sanitaires, sociales et environnementales génère un appauvrissement collectif, somme des dépenses nécessaires pour réparer les dommages qui en résultent.
Penser que nous aligner sur le moins-disant sanitaire, social et environnemental va augmenter la compétitivité de notre industrie tient d’une grande naïveté. Reprendre une place dans le monde des empires (re)naissants nécessite au contraire de ne pas perdre de vue les enjeux humains et de long terme et de les intégrer dans les règles d’accès à nos marchés.
Enfin, ne perdons pas de vue que sacrifier l’intérêt général au profit des intérêts financiers des possédants comporte un risque démocratique élevé : quelle crédibilité conserve encore un gouvernement qui n’est plus en mesure de satisfaire aux besoins fondamentaux de la population ? Deux finances, deux ambiances. Laquelle voulons-nous privilégier ?