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L'edito : Les profiteurs voyagent en première
Dans une carte blanche publiée en mars dernier, de nombreux services sociaux tiraient la sonnette d’alarme au sujet de plusieurs réformes qui durcissent l’accès aux aides des CPAS et réduisent leurs montants.
16 septembre 2026
Paragraphe actualités

Le risque, alertaient les signataires, est d’affaiblir le dernier filet de sécurité sociale et d’exclure davantage de personnes précaires. « There is no alternative » réplique le Premier ministre Bart De Wever, reprenant doctement le slogan des années 1980 qui, au Royaume-Uni, a permis à Margaret Thatcher d’imposer des politiques néolibérales ayant conduit à une explosion des inégalités et de la pauvreté, à la destruction des services publics et à une dérégulation au profit des multinationales et des plus riches.

Avant de prononcer des phrases aussi définitives, qui n’ont probablement d’autre objectif que d’éluder le débat, notre Premier serait sans doute bien avisé de consulter les chiffres de la Banque nationale de Belgique et du Bureau fédéral du Plan. Il apprendrait que notre déficit public vient moins de dépenses trop élevées de l’État (elles ont diminué de 2,6 % du PIB entre 2013 et 2023) que d’une baisse drastique des recettes (3,6 % du PIB, soit plus de 21 milliards d’euros).

La raison de cette baisse de recettes ? L’assiette fiscale qui n’a cessé de s’éroder depuis 2013 par la multiplication des régimes préférentiels. La principale raison de notre déficit réside donc dans l’insuffisance de contribution des personnes à revenus très élevés, bien en-deça de la charge fiscale moyenne. Le gouvernement essaie-t-il dès lors de résoudre ce problème afin que tout le monde soit traité de façon semblable et qu’il n’y ait plus de discrimination, comme le suggère Paul De Grauwe ?

La réponse est dramatiquement négative. L’accord de coalition fédérale présenté en janvier 2025 prévoyait déjà d’appliquer une répartition de l’effort budgétaire à concurrence de 2/3 au minimum par « le contrôle de la croissance des dépenses » et au maximum d’1/3 par « une contribution des plus fortes épaules et diverses recettes ». Sa mise en oeuvre montre clairement le choix qui est posé d’affaiblir la sécurité sociale et le droit des travailleur·euse·s ainsi que d’investir dans l’armée, tout en laissant de côté la transition écologique et en épargnant largement les plus hauts revenus.

Une étude du nouveau groupe Athéna relève en effet, chiffres à l’appui, que la sécurité sociale constitue le principal poste des coupes budgétaires : 31,2 milliards, ce qui représente 46 % de l’ensemble des économies nettes, c’est-à-dire des économies totales après déduction des nouvelles initiatives. En comparaison, la contribution demandée aux ménages les plus aisés ne représente que 5 milliards cumulés sur la législature, soit seulement 7,5 % des économies nettes réalisées.

Porter atteinte à la solidarité pour faire profiter les voyageur·euse·s de première d’un tarif préférentiel relève évidemment d’un choix, pas d’une contrainte.

 

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