A la différence de la finance responsable qui intègre des critères non-financiers (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans les décisions d'investissement et les place donc au même niveau que les critères financiers, la finance solidaire affirme la prééminence de ces aspects non-financiers. Pour le dire autrement, elle soumet la finance aux objectifs du contrat social.
La finance solidaire n’est pas désintéressée, il ne s’agit pas de dons. Elle suppose une contrepartie en faveur de celle ou celui qui met son épargne au service d’un projet, comme le droit à un dividende ou des intérêts. Pour autant, elle n’ouvre pas le droit de s’enrichir sans limite en cherchant le profit à tout prix.
98% des bénéficiaires de cette finance solidaire sont des organisations à but non lucratif (associations et fondations). Ce pourcentage très élevé s’explique essentiellement par le fait que les entités concernées sont très nombreuses puisque la Belgique ne compte pas moins de 150 247 organisations à but non lucratif. Les autres entités juridiques, mutuelles, coopératives et autres, qui entrent dans le champ de la finance solidaire ne sont quant à elles que 953 à la fin 2024, soit 1 % seulement de l’ensemble des bénéficiaires. Par contre, si les organisations à but non lucratif sont prédominantes, le volume de financement qui les concerne l’est proportionnellement beaucoup moins.
Par nature, ces structures se financent par des prêts qu’elles obtiennent. Le volume de ceux-ci a grandi de 53 % en dix ans. Le volume total du financement solidaire octroyé aux sociétés (coopératives, mutuelles et autres) a augmenté de 39 % au
cours de la dernière décennie, croissance un peu inférieure donc à celle des organisations à but non lucratif. Ce financement est constitué des prêts mais aussi du capital qu’elles lèvent. Et c'est clairement cette deuxième méthode de financement qui est de plus en plus privilégiée.
Les banques, premières solidaires ?
Les banques qui sont les premières contributrices de la finance solidaire apportent 47 % des crédits. L’évolution montre toutefois un désengagement. Si elles continuent de financer les organisations à but non lucratif, elles ont diminué de 77 % le volume de crédit qu’elles apportent aux sociétés ces dix dernières années. Il en résulte un risque de tension ingérable entre la nécessité grandissante pour la finance solidaire de soutenir les activités qui visent l'intérêt général, comme la protection sociale, la culture, la lutte contre la détérioration de notre environnement, la santé, et ce désengagement du secteur bancaire.
Les entreprises peuvent aussi faire appel aux financeurs publics et aux intermédiaires financiers solidaires. Ces spécialistes de la finance solidaire utilisent le capital pour accorder des financements. En valeur absolue, ces derniers ont plus que doublé en dix ans, passant de 49,4 à 103,8 millions d’euros, mais cela représente à peine 0,7 % de la finance solidaire. Ils ont vocation à couvrir une partie des « angles morts » de financement, non couverts par les organismes de crédit classiques. Mais leur activité de financement demeure encore très faible.
En réalité, face au désengagement des banques, on remarque un financement toujours plus important de la part des citoyen·ne·s. Les personnes physiques qui contribuent directement au financement des entités bénéficiaires, apportent 39 % de la finance solidaire, essentiellement du capital pour les coopératives. Les sociétés ont de moins en moins de prêts et plus d’apport en capital.
La solidarité, ça rapporte ?
La rentabilité économique entreprises de la finance solidaire s’élève en 2024 à 7,97 %. Il est en général considéré que la fourchette entre 5 et 10 % correspond à une rentabilité correcte. Le profit limité qui est une valeur essentielle des entreprises
d’économie sociale est bien la conséquence de cette rentabilité modérée, mais aussi d’un choix dans l’affectation de la plus-value générée : le bénéfice généré par les bénéficiaires de la finance solidaire était de 961 millions d’euros en 2024 mais seulement une faible partie de celui-ci, 5 %, a rémunéré les apports de capital fourni par les contributeurs.
Les coopératives qui bénéficient de la finance solidaire ont, sous la forme de dividendes, rémunéré les apports de capital dont elles ont bénéficié à hauteur de 0,88 % en moyenne sur les revenus 2024. Sur les dix dernières années, le dividende annuel moyen a été de 1,04 %. Ce choix a pour effet de conserver une large partie de la plus-value au sein de l’entreprise.
De la santé à la réparation de véhicules
La répartition selon les activités économiques montre un secteur financé à hauteur de 47 %, celui de la santé humaine et de l’action sociale. Viennent ensuite les activités financières et d'assurance (28 %) et ensuite, à hauteur de 4 à 5 % chacun, le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques, celui du commerce, réparation de véhicules automobiles et de motocycles et celui de l’enseignement. Ces cinq secteurs d’activités concentrent ensemble 90 % de la finance solidaire.
Pour aller plus loin
Lire le 5ème Rapport sur la finance solidaire en Belgique
Ce rapport donne voix au chapitre à celles et ceux qui considèrent que notre argent, non seulement peut, mais doit contribuer à aller vers une société plus solidaire et qui mettent cette vision en œuvre.
La question de la semaine
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