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Une défense durable
Un grand débat tient en haleine le monde de la finance depuis le début de la guerre en Ukraine : le secteur de la défense est-il compatible avec l'investissement durable ?
4 mars 2026
Paragraphe actualités

À l’été 2025, le groupe bancaire BPCE fait un pari : émettre une obligation entièrement dédiée au secteur de la défense. L’idée est calquée sur les obligations vertes. Avec ces dernières, une entreprise fait un vaste emprunt qui lui permet de financer exclusivement des projets écologiques. Appliqué au secteur de la défense, une « obligation de défense » doit permettre de financer des entreprises de toute la chaîne de valeur de la défense et la sécurité européenne. Et pour BPCE, cela fonctionne.

Le groupe visait initialement un montant de 500 millions d’euros, rapidement relevé à 750 millions face à la demande. Son obligation a été sursouscrite à 2,8 milliards d’euros par 140 investisseur·euse·s. Dans la foulée, le fonds d’investissement public lituanien, bientôt rejoints par Bpifrance et le Luxembourg, ont lancé ces obligations fléchant les fonds vers des projets militaires prédéterminés.

Il faut dire qu’en Europe, les investissements militaires augmentent. Des pays membres de l’OTAN se sont engagés à augmenter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2035. Pour y parvenir, il faut orienter le capital vers cette nouvelle priorité.
 

Transparence et dommages

Investir dans l’armement et la défense militaire n’est pas interdit (en dehors des armes controversées, lire ci-contre). Mais la logique des fonds « durables » qui souhaitent financer ces activités pose question. Leur logique est la suivante : ces entreprises contribuent à la protection, la souveraineté et donc l’avenir des pays.

Pourtant, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont une boussole pour déterminer ce qui est durable ou non. La transparence y est essentielle et le secret militaire semble incompatible avec ce principe. Intégrer la défense dans un portefeuille « socialement responsable » met aussi à l’épreuve le principe fondamental du « Do No Significant Harm » (ne pas nuire, en français) : comment considérer durable une activité dont le cœur est la production d’armes ? Cela soulève une question de cohérence : un label « vert » ou « durable » perd de sa valeur s’il accepte que des obligations militaires soient considérées comme durables.

Si la pression géopolitique incite certain·e·s investisseur·euse·s à financer la défense, la crédibilité de la finance durable est menacée. L’ONG Finance Watch alerte : considérer la défense comme « durable » risque de saper la confiance des investisseur·euse·s, de créer de la confusion et de détourner des capitaux des projets environnementaux et sociaux. Seules certaines activités civiles liées à la défense (cybersécurité, infrastructures critiques, protection civile) pourraient être examinées séparément. À l’inverse, intégrer les entreprises du secteur de la défense au sens large dans les fonds socialement responsables ne fait que transformer ce secteur en nouvelle source potentielle de profits. Il est donc crucial de maintenir des critères stricts d’exclusion et de contrôle afin de préserver la cohérence et l’intégrité des investissements socialement responsables.
 

Les fonds durables belges ont investi 138,4 millions d’euros dans les armes de guerre

Financité a analysé ce que les fonds d’investissement dits « durables » commercialisés en Belgique ont réellement financé.

Sur les 175 fonds durables analysés en 2024, 87 fonds, soit 50 %, ont investi dans au moins un actif figurant sur la liste noire « armes de guerre ». L’encours total investi dans des entreprises ou des États présents sur cette liste s’élève à 138,4 millions d’euros, ce qui représente environ 1,35 % des 10,3 milliards d’euros d’encours total des fonds durables commercialisés sur le marché belge. Parmi ces armes se trouvent celles dites controversées qui font l’objet de la loi belge du 8 juin 2006 relative à l’interdiction du financement d’armes controversées. Cette dernière « « interdit le financement d'une entreprise de droit belge ou de droit étranger dont l'activité consiste en la fabrication, l'utilisation, la réparation, l'exposition en vente, la vente, la distribution, l'importation ou l'exportation, l'entreposage ou le transport de mines antipersonnel, de sous-munitions et/ou de munitions inertes et de blindages contenant de l'uranium appauvri ou tout autre type d'uranium industriel au sens de [cette] présente loi en vue de leur propagation. »

Au 31 décembre 2024, 48 fonds (27 %) ont été identifiés comme investissant dans une entreprise ou un État actif dans les armes controversées, 21 % en 2023. Les autres fonds épinglés par la liste noire « armes de guerre » investissent dans des entreprises impliquées dans les armes nucléaires, au phosphore blanc ou dans des États sous embargo sur les armes.

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