Une contribution progressive sur les patrimoines financiers au-delà de 500 000 euros le mettrait dans l’embarras. Lui qui possède 50 % des actions de sa société devrait payer 30 millions d’euros par an. Or, dit-il, il n’a « que 100 000 euros » sur son compte.
Cette proposition, qu’est-ce que c’est ? Les Engagés ne proposent pas de taxer le patrimoine dans son ensemble, mais uniquement le patrimoine financier : actions, obligations, parts de fonds d’investissement, dépôts bancaires… Le taux de taxation serait progressif : de 0,15 % entre 500.000 et 1 million d’euros à 0,6 % au-delà de 3 millions. Ainsi, si vous avez 1 millions d’euros de patrimoine financier, vous devriez payer 750 euros par an. Elle diffère des propositions d'autres partis qui souhaitent imposer le patrimoine global.
Pour devoir une telle somme au titre d'une contribution sur le capital (30 millions d’euros dans le cas du patron d’Odoo), il faut donc détenir un patrimoine financier colossal. C’est le cas de Fabien Pinckars. Mais son malheur, en somme, c'est d'être riche mais pas liquide. L’argument « cash poor » n’est pas nouveau chez les milliardaires. Il désigne une situation où une personne possède un patrimoine financier important, mais où cette richesse est immobilisée, typiquement dans des actions d’entreprise plutôt que sur un compte en banque.
Dans le cas de Fabien Pinckaers, pour payer la contribution, il devrait donc, au choix, vendre une partie de ses actions ou se verser des dividendes ou un salaire plus élevé. Lui qui fait rayonner la Belgique avec sa plateforme. Lui qui ne se verse pas de gros salaire et réinvestit chaque centime gagné par Odoo pour sa croissance. Lui, l’entrepreneur parti de rien qui refuse de vendre ses parts pour ne pas perdre le contrôle… Rappelons au passage qu’Odoo a, à l’époque de son lancement, bénéficié de l’aide de Wallonie Entreprendre.
« Si un jour je vends mes parts, j'espère être très fortement taxé dessus », rétorque le patron au journal l’Echo pour se justifier. En réalité, en choisissant de ne pas se verser de dividendes ou de salaires mirobolants, le patron d’Odoo évite aussi une taxation sur ces revenus. À l’inverse, réinvestir dans son entreprise fait à son tour gonfler la valeur de ses actions et donc de sa fortune. Il peut même utiliser ce patrimoine pour obtenir des crédits bon marché. Plutôt que de vendre des actions pour financer un projet ou un train de vie, ces actions servent de garantie pour la banque vous prête de l’argent.
En réalité, il lui serait aussi tout à fait possible de vendre une infime partie de ses actions pour récupérer assez de liquidités pour payer cet impôt sans perdre le contrôle de son entreprise et sans avoir à quitter la Belgique. Imposer la fortune n’est pas une attaque contre les entrepreneur·euse·s. Il s’agit de taxer un portefeuille d’actions, pas une entreprise et les emplois qu’elle crée.
Yvan Verougstraete, président des Engagés, a tenu bon, rappelant que d'autres ont déjà payé l'addition de l'assainissement budgétaire : enseignant·e·s sous pression, pensions rabotées, chômeur·euse·s exclu·e·s après deux ans, associations privées de subsides.
La Belgique cherche plusieurs milliards pour son budget, et un instrument minimal sur les grandes fortunes pourrait rapporter entre 1 et 2 milliards par an. Mais demander un effort raisonnable aux plus fortuné·e·s reste, pour certain·e·s, plus scandaleux. Tout le monde n'a pas la possibilité de « quitter le pays » en cas de désaccord avec sa feuille d'impôt.